L'ARCHITECTURE CAMPAGNARDE

Publié le par kalou

La maison rurale ardéchoise est un assemblage d'éléments, de partis architecturaux répondant à des fonctions très précises : granges, étables, bergeries, magnaneries, séchoirs à chataîgnes, balcons, hangars ...... où des contraintes climatiques interviennent en tant que facteur modifiant.

Rien d'étonnant, sans doute, à ce que l'architecture rurale reflète économie et paysage.

LA MAISON DE LA MONTAGNE :  c'est l'habitation d'un éléveur.

Longue, basse, elle regroupe sous le même toit les bêtes et les gens. On y pénètre par une sorte de petit sas qui sert à remiser les outils indispensables, mais qui évite surtout de mettre les habitants directement en contact avec l'air froid d'extérieur lorsque l'on ouvre la porte. Parfois l'entrée se fait par l'étable, dans le même but.

La chaleur animale est considérée comme une sorte de chauffage d'appoint, et c'est dans cette perpective que le lieu de vie du bétail est autant que possible rapproché de la salle où se rassemble la maisonnée ( ensemble de ceux qui habite la même maison).

Toujours à forte pente, les toits admettent trois sortes de matériaux de couverture :la paille, le genêt (arbrisseau à fleurs jaune d'or odorante et toxique) ou la lauze, les deux premiers adoptant la plus forte pente afin que la neige abondante ne vienne pas écraser la toiture. La lauze se justifie par la proximité d'anciennes carrières.

Pour combattre le froid, les murs sont épais et massifs, presque sans ouvertures. A l'origine, ces murs sont réalisés sans mortier, au pays du granit et des volcans, "bâtir à chaux et sable" était un luxe réservé au nobles, bourgeois ou abbés des communautés religieuses (la chaux du Bas-Vivarais à dos de mulets, par des chemins impossibles, n'était évidemment pas à la portée de toutes les bourses).

Dans la majorité des cas, on se contentait de compacter entre deux parements de granite ou de basalte, une "âme" de terre ou d'argile assurant une homogéneité très convenable.

La grange ou fenière, immnse, se réserve à elle seule les deux tiers du volume de l'ensemble. Elle est conçue pour engranger en vrac les tonnes de foin nécessaires à la nourriture du bétail. Massive, trapue, faite pour défier les siècles, cette grange est basse, comme écrasée par sa lourde carapace de lauzes. Sous sa provision de foin, elle reunit, bêtes et gens pendant les quelques six mois que dure l'hiver.

L'homme partage le rez-de-chaussée avec son bétail, sa seule richesse.

On pénètre d'ailleurs chez les uns et les autres par la même entrée.

Le logis des hommes accessible par l'étable, ce qui permet de soigner le bétail sans sortir de la maison, se reduit le plus souvent à une pièce unique, la cuisine.

Il n'y avait pas de vraies chambres que dans les maisons aisées ; dans les autres, une fois la veillée terminée, chacun allait rejoindre son lit -placard.

Pour les maîtres, il était à proximité du feu ; pour les gens de moindre importance, enfants ou domestiques, il était souvent dans l'étable, cela permettait de surveiller les bêtes, et surtout d'avoir plus chaud.

De l'extérieur, la cheminée particulièrement soignée est avec la toiture à base de l'harmonie de l'habitation. Ces cheminées de montagne sont de véritables pièces à elles seules.

Les maisons de la Montagne, au Moyen-Âge, étaient couvertes de genêts ; on brûlait généralement, plus que du bois trop rare, des mottes de terre plus ou moins ligneuse (de la nature du bois), ramassées dans les tourbières (gisement de tourbe (matière spongieuse et légère, qui résulte de la décomposition de végétaux à l'abri de l'air) en quantité exploitable) du plateau. L'ouverture principale était la cheminée, par laquelle s'échappait la fumée âcre et surabondante. L'arrivée de la couverture de lauze, que l'on peut dater du milieu du XVIIIe siècle, marque un incontestable progrès social, elle dure plus longtemps que le genêt et elle est moins sensible à l'incendie

 

LA MAISON DES BOUTIERES: la maison a épousé la pente l'obligeant à se développer en hauteur. Adossée au versant tourné vers le midi, elle présente une forte dissymétrie dans la hauteur des façades latérales.

La façade d'aval est la plus élévée, tandis que celle d'amont est très réduite voire inexistante.

L'étable prend place au rez-de-chaussée. Dans les hautes vallées, l'étable et la cuisine sont au même niveau, seule une cloison de planches dans lesquelles sont ménagées des ouvertures, sépare l'homme et ses bêtes.

Dans la basse vallée, la cave peut-être partagée en deux ou trois espaces par des cloisons de planches pour abriter récolte, bétail et petit matériel de viticulture.

Le deuxième étage est réservé à l'habitation.

Au somet se trouve la grange, accessible aux chariots par une large porte donnant sur l'aire. Parfois une ou deux chambre sont construites dans la grange.

Le plus souvent on accède séparément à la grange, à l'étable ou à la cave.

La toiture en tuiles canal recouvre les trois niveaux.

 

LA MAISON DU COIRON : la maison a hérité de la Montagne le basalte noir qui ne peut ni se tailler, ni s'ériger en murs très hauts.

Les toits assez plats sont en tuiles "canal" et débordent peu sur la façade. On a construit au fur et à mesure des besoins et selon les commodités dictées par le sol, avec un désordre dans l'agencement.

L'étage ou loge la famille est presque toujours construit sur voûte sous laquelle sont logés les moutons et les chèvres.

Le balcon couvert, la leïo, précédant la cuisine, est largement ouvert sur l'extérieur. La cuisine au sol dallé reste la pièce essentielle du logis.

De vastes granges-étables et des hangars sont disposés sommairement autour d'une cour fermée par un grand portail (les grosses fermes pouvant ainsi regrouper sept ou huit batiments) .Plus on s'éloigne de la falaise vers le sud, plus le calcaire convoité prend le pas sur le basalte n'intervenant que ponctuellement (le basalte vient en remplissage), ce qui confère aux façades non enduites, cet aspect d'échiquier noir et blanc.

 

LA MAISON DES CEVENENNES : Les cévennes est le pays le plus sévère et le plus âpre de tout le vivarais. La diversité des matériaux de construction grès (roche sédimentaire formée de nombreux petits éléments unis par un ciment de nature variable), schistes (roche ayant acquis une structure feuilletée sous l'influence de contraintes tectoniques (ensemble des déformationssubies par les couches géologiques déjà formées)), micaschistes (roche composée de mica (silicate) et de quartz), granit semble avoir métamorphosé l'architectonie à chaque détour du chemin.

C'est une maison dominée, comme tout le pays, par l'omniprésence de la pente. La dénivellation est très prononcée et la roche est très dure. C'est pourquoi, d'une façon générale, la maison est bâtie à peu près systématiquement sur voûtes.

 

LA MAISON DE GRES : est une des plus belles d'Ardèche.

Le grès constitue le matériau de construction par exellence.

Ces maisons ont beaucoup plus l'air de demeures bourgeoises que de fermes.

Les murs épais constitués de grosses pierres d'assises (rangée de pierres qu'on pose horizontalement pour construire un mur) taillées se prêtent remarquablement à la sculpture et ont pris avec les ans une belle et chaude patine cuivrée.

Le toit, à l'origine en lauzes de micaschistes, admet de plus en plus la tuile canal.

L'escalier est dans la plupart des maisons un escalier à vis intérieur, lo viseto, abrité par une tourelle, ce qui donne à l'ensemble un petit air féodal. L'escalier de l'extérieur n'est apparu que récemment.

La cuisine dallée est immense, souvent séparée en deux partiespar la grande cheminée.

La cheminée, profonde de deux à trois mètres, se trouve sur toute la largeur de la pièce séparée du séjour proprement dit par un grand arc.

LA MAISON DE SCHISTE : d'un matériau ingrat, le paysan cévenol a su réaliser un habitat avec du caractère, aussi sévère et sombre qu'il soit, solidement campé sur les pentes

 abruptes. Construire en hauteur, la maison met à profit la pente du terrainpour avoir sesentrées de plain6pied, et l'on peut pénétrer dans la grange ou dans l'étable sans être obligé de passer par la cour.

L'habitat est exposé au midi, orienté au sud et à l'est. Les ouvertures sont étroites et adaptées au climat.

La couverture en lauzes schisteuses est placée sur une charpente en chataîgnier : la douelle.

Au coeur des Cévennes, les constructions disséminées (dispersées) dans la chataîgneraie en font une des régions les plus attachantes et les plus originales de l'Ardèche. Toute ferme, dequelque importance, disposait d'un petit bâtiment particulier, qu'on appelait  la clède et qui était réservé au séchage des chataignes.

Cette clède est généralement une petite construction carrée en pierres, à un étage, au toit de tuiles creuses ou de lauzes de schiste, sans cheminée.

Les chataîgnes étaient disposées sur le plancher de l'étage, qui formait une sorte de claie (caget) ; on allumait du feu dans la pièce du bas, en lui faisant dégager beaucoup de fumée.

 Ainsi, baignée de chaleur, la chataîgne séchait lentement, ce qui permettait de la conserver, tandis que la fumée s'écoulait par des ouvertures soignesement disposées dans les murs

de l'étage.

LA MAISON DU BAS-VIVARAIS : la maison est solidement bâtie en pierres, un calcaire qui se taille bien et constitue de bonnes murailles. Elle est probablement, avec la maison de la

Montagne, l'édifice le plus impressionnant de l'ancienne architecture.

L'étable et la cave prennent place sous la crotte (voûte bien appareillée). Dans les hameaux, certaines voûtes restent ouvertes, et servent ainsi de circulation de voisinage. On peut

ainsi aller visiter son voisin tout en restant à l'ombre.

Au-dessus de cette crotte, trône la terrasse à laquelle on accède par un escalier extérieur en pierre. Cette terrasse possède de multiples fonctions : lieu de repos et d'accueil, d'ombre

et de séchage. Elle est généralement entièrement couverte (le conradon), souvent simple prolongement de la toiture, soutenue par des arcades et porté par des piliers de pierres

carrées ou cylindriques.

De la terrasse, on accède directement à la cuisine et à la magnanerie, aujourd'hui délaissée, mais qui fut un élément essentiel de l'habitation.

Le toit à faible pente recouvert de tuiles canal irrégulièrement concaves, se termine souvent par un double ou triple bandeau de génoises (frise provençale composée de tuiles

superposées).

Mais le modèle type de cette maison de calcaire perd souvent de son unité suite à l'adjonction de bâtiments : magnanerie, hangars, pigeonnier. Tous ces ajouts arrivent à former un

 mas groupant l'habitation et communs autour d'une cour, constituant un véritable élément architectural en lui même.

 

 

  photos illustrant:

1) toit de genêt

2) toit de lauze

3) mas cévenol

4) maison cévenole en ruine

 

 

 

 

 

                                                                                               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 

 

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